logo-mini

Vandales à l'origine

VAO - ABSTRACTIONS VANDALES

Sous les pavés la plage ? Non, pas vraiment… Pour notre génération, c’est sur les murs que naissent les révolutions. Les graffitis couvent en effet de grands desseins, parfois. C’est le cas de ceux des membres du collectif VAO.

La signification de l’acronyme varie selon les périodes et les sources, même internes. Vandalisme artistique organisé. Vandales à l’origine. Vision abstraite originale. Qu’importe. Le collectif a été fondé en 1996 par L’Atlas (si ça ne vous dit rien, offrez-vous vite une séance de rattrapage en ouvrant le Numéro 3 d’Apologie), sur une idée simple : emmener le graffiti dans les galeries et les musées, sans pour autant le sortir de la rue, en gardant cet esprit subversif. Et un mot d’ordre : pas de figuratif, vendeur peut être, mais trop représenté dans le street art et pas assez différenciant. Leurs inspirations, aussi diverses soient-elles, de la calligraphie au land art, en passant par le minimalisme, les poussent de toute manière à explorer les voies de l’abstraction. Certains d’entre eux trouvent plus intéressant de travailler le trait. D’autres expérimentent le geste. De cette différence naît l’ambition du collectif, un peu folle, de jeter des ponts entre deux mouvements a priori difficilement conciliables. L’abstraction lyrique d’un côté, la géométrique de l’autre. Illusoire ? Peut-être. Mais s’il y a bien une chose que la rue apprend, c’est à ne pas demander l’autorisation. VAO poursuit sa quête, donc, parce qu’elle est impossible, et parce que le collectif sait bien que l’important n’est pas l’arrivée mais bien le chemin et les rencontres qu’il entraîne. C’est là qu’est la véritable subversion.


©sun.7 / ©valérie newland

Le collectif en lui-même n’a pas de forme définitive. Il s’est enrichi au fil du temps d’artistes branchés sur la même longueur d’onde. Le côté amical, l’échange, la notion de collaboration sont des éléments centraux. VAO reste ouvert à ceux qui s’y reconnaissent, adhèrent à son projet et s’inscrivent dans l’esprit de la bande. Le mode de fonctionnement est également mouvant. Le travail à quatre mains est fréquent. L’Atlas l’a expérimenté avec Tanc et Sun.7. Les membres du collectif se regroupent également régulièrement pour des résidences communes, comme ils l’ont fait en 2016 à la galerie Urban Spree, à Berlin, ou au BRASS à Bruxelles, pour le vingtième anniversaire du groupe. Plus que de simples expositions, ces résidences sont conçues comme autant d’occasions de travailler ensemble et d’échanger sur leurs évolutions respectives.

VAO, c’est aujourd’hui une quinzaine d’artistes. Citons les tous : L’Atlas, Tanc, Teurk, Sambr, Benjamin Laading, Babou, Sun.7, CT, Parole, Obetre, Clyde Knowland, Flavien de Marigny, Valérie Newland et Zoo. Ces pages, loin d’être exhaustives, présentent quelques morceaux choisis de leurs oeuvres.


©parole / ©CT

Babou
Il s’est lancé dans le graffiti en 1985, à 13 ans. Sculpteur, artiste profondément urbain, plus proche du tag que des fresques, il a embrassé la quête de la ligne pure et rejoint le collectif en 2003. Son travail et ses images cherchent à recréer l’énergie et le mouvement de la rue.

Benjamin Laading
C’est l’utilisation et la répétition des points qui le distinguent. Il développe par ce biais une vision nouvelle du graffiti, en valorisant l’accident, la dégradation, le vandalisme, toutes les manifestations indésirables qui perturbent un environnement trop contrôlé, trop fonctionnel. Une interprétation du conflit qui existe en chacun de nous entre instinct et raison.

CT
L’Italien du groupe. Longtemps en contact avec L’Atlas et Tanc, parce qu’il suivait leur travail, il ne les a rencontrés que plus tard (en 2013 pour Tanc, en 2016 pour L’Atlas). Le courant passe. Il rejoint VAO. Ce que représente le collectif pour lui ? « Une définition de l’amitié », répondil simplement. Influencé par les graffitis classiques à ses débuts, il s’est orienté vers un style minimaliste, tentant de capter et de mettre en lumière les évolutions de l’espace urbain. Gardant les silhouettes des lettres, comme un lien avec le graffiti, enlevant le superflu, il parvient à des formes minimalistes et immédiatement reconnaissables.


©parole / ©CT

Mambo
Arrivé récemment dans le collectif, suite à un voyage en Colombie avec L’Atlas. Avant de se baser à L.A. dans son atelier d’Echo Park, il a été assistant de Sol LeWitt, en 1994-1995, pour qui il a réalisé une trentaine de wall drawings en France. Attiré par le minimalisme vers lequel évoluent L’Atlas, Tanc ou encore Benjamin Laading, il retrouve au sein de VAO la fraternité entre artistes qui manque tant aux USA. L’évolution du collectif ? « Je nous vois bien dans cinq ans, tous avec des pulls chics, dans un chalet en Suisse, en train de danser le jerk avec nos femmes, sous l’emprise de l’alcool. »

Parole
Autodidacte, multi-facettes, Parole est à la fois peintre, performeur, sculpteur et multiplie les expériences pour mieux rejeter les étiquettes. Son travail gravite autour des notions d’écriture spontanée, de musiques visuelles et de divagations graphiques. Tordre les lettres pour les rendre illisibles et broyer leurs statuts de codes. Libérer ainsi l’interprétation. Telle est sa subversion.

Sun.7
Venu du tag, il commence à s’exprimer sur les murs, avant de s’orienter vers la toile et le panneau. Comme pour beaucoup au sein de VAO, c’est l’écriture qui l’inspire. Les mots se mêlent pour mieux disparaître dans la toile et finir par composer des portraits. Depuis ses débuts dans la rue, Sun.7 a fait du chemin et exposé son travail, notamment, au Grand Palais, à la Fondation Cartier, au sein de l’espace Louis Vuitton et au Palais de Tokyo.


©benjamin laading / ©babou

Tanc
Parisien, pionnier du collectif, « VAO » tatoué sur le poignet. Il prépare les beaux arts dans les années 90, puis étudie le graphisme, et en parallèle le graffiti. Rencontre avec L’Atlas en 2001. Ils réalisent ensemble, dans l’atelier de Jean Faucheur, des peintures qu’ils collent ensuite sur les 4x3 publicitaires. Ça lui donne envie d’aller plus loin. Tanc lâche son job de graphiste chez Agnès B pour se consacrer à la peinture. Epoque Forge de Belleville avec L’Atlas, Sun.7, Babou, Teurk, Clyde Knowland, Valérie Newland, Yaze. Un groupe naît qui deviendra VAO. Ils peignent partout, dans les rues, les tunnels, les galeries, les clubs, « sulfureux et avides de succès ». Les années ont passé. Chacun a tracé sa route pour mieux se retrouver à chaque occasion. La vie communautaire n’est plus. Reste l’énergie, intacte et constamment renouvelée par les nouveaux venus. Reste surtout l’esprit du collectif : « le regard, l’échange, la compréhension. Ces choses que tu ne peux partager qu’avec des artistes dont tu respectes le travail et qui ont vécu les mêmes choses que toi. Ça paraît évident comme ça, mais les artistes ne s’apprécient pas forcément. Souvent trop d’égo, trop de compétition. » L’aventure continue.


©tank

Valérie Newland
Née en Nouvelle Calédonie d’une mère indonésienne et d’un père irlandais, Valérie passe notamment par l’école des beaux arts de Paris. Son surnom à l’époque est.. Vao ! Elle grandit avec le hip hop, la danse et le graffiti. Qu’importent les inspirations, classiques avec Rothko, Paul Klee, Kandinsky et Mondrian, ou plus contemporaines avec Cobra, Support/Surface et l’art minimal. Ce qui compte avant tout, c’est la ligne, le rythme et l’univers coloré. Elle rencontre d’abord Sun.7 par l’intermédiaire d’un ami, puis L’Atlas. C’est l’époque de la Forge de Belleville et de ses ateliers où tous échangent et collaborent.
« Aujourd’hui, je n’utilise quasiment plus de peinture et aborde mon propos avec ce qui compose le tableau lui-même : le châssis, la toile donc le fil. Une sorte d’archaïque de la peinture par son support et sa surface même, explique-t-elle. La corrélation avec les VAO serait de l’ordre du mouvement du corps, la répétition cadencée et une volonté de l’efficacité graphique. »
L’avenir du collectif ? « Cavalier seul, mais en groupe et on ne lâche rien. »


©mambo

L’Atlas
Doit-on présenter L’Atlas au fi dèle lecteur d’Apologie que vous êtes (nous lui avons consacré un article dans notre Numéro 3) ? Fondateur du collectif VAO, il fut un pionnier du graffi ti comme ont pu l’être Zevs ou Space Invader. Passionné de calligraphie, il part l’étudier au Maroc, en Egypte, en Syrie, en Chine. C’est de cet apprentissage, et aussi, notamment, d’une passion assumée pour l’art optique de Vasarely, qu’il tirera son style. Une écriture abstraite et géométrique. Des oeuvres comme des labyrinthes disséminés sur les murs et parvis, puis sur ses toiles. Son ambition ? Inscrire défi nitivement le Street art dans l’histoire de l’art et le faire entrer dans les musées.


©l'atlas / ©benjamin laading

Partager