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Louise Bourgeois

L’œuvre de Louise Bourgeois est celle d’une petite fille trahie.

L’œuvre de Louise Bourgeois est celle d’une petite fille trahie. Impossible de comprendre son travail sans garder en tête ce simple fait. L’artiste, qui a passé la majeure partie de sa vie à New York, nous a quittés en 2010. Il reste d’elle, outre ses nombreuses réalisations, de nombreuses vidéos d’interviews. Elle y parle de ses araignées géantes et de ses totems, de ses phallus, vulves, clitoris et mamelles, de ses maisons vides et autres cellules domestiques avec le sérieux de l’enfance. C’est troublant.

Louise Bourgeois naît en 1911 au sein d’une famille cultivée, de parents restaurateurs de tapisseries anciennes. Elle grandit à Choisy-le-Roi puis à Antony, suit sa scolarité au lycée Fénelon, où elle obtient son baccalauréat avant de poursuivre des études de mathématiques, et plus précisément de géométrie. Une enfance dorée. En apparence. Son père est infidèle. Sa maîtresse vit dans la maison familiale puisqu’elle n’est autre que la gouvernante, qui donne de surcroît des cours d’Anglais aux enfants. Cette fissure, ce « virus », comme elle le qualifiait longtemps après, est vécue par Louise comme un traumatisme. Violence feutrée, silencieuse du cercle familial. Cruauté qui ne se montre pas. Toute sa vie peut se lire à la lumière de cette souffrance.

Le lycée Fénelon ? Un refuge qui l’isolait de la maison. Sa passion pour la géométrie ? Enfin une science avec des règles fondamentales et finales, là où le foyer ne proposait que de l’instabilité. Louise gardait de ses études une recherche pour chacune de ses œuvres de la géométrie parfaite, de la stabilité. Sa collection de maisons vides, une fois devenue adulte ? Parce qu’au moins, dans toutes ces maisons, personne ne se disputait.

Dans chacune de ses œuvres, la menace est en suspens, immuable, impossible à changer. Seules solutions possibles : se moquer des choses en les déformant, jouer comme un enfant avec ses peurs pour mieux leur donner corps et les conquérir. S’ajuster et s’accepter. Grandir, en somme. Le travail fut pour Louise Bourgeois un exorcisme. Son art fut son éducation. Inconfortable, dérangeante et sombre comme peuvent l’être les angoisses enfantines, son œuvre est un appel à l’aide, à l’autre.

« Toutes ces idées qui passent, disait-elle, il faut les attraper comme des mouches. Et puis alors. Qu’est-ce qu’on fait de ces mouches. On les conserve et on s’en sert. Ce sont des idées bleues, des idées roses, qui passent. D’un dessin on en fait une peinture, et de la peinture on en fait des sculptures, parce que les sculptures c’est vraiment la seule chose qui me libère. C’est une réalité tangible. Peut-être que ce qu’il y aurait de mieux que la sculpture, ce serait de vraies personnes, vous comprenez ? Non, de rencontrer de vraies personnes, de parler à de vraies personnes, de s’adresser à de vraies personnes. C’est-à-dire d’introduire des visiteurs dans les maisons vides. » 

Source : Documentaire « Louise Bourgeois, une vie », de Camille Guichard

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